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Confiné(e)s
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Comme ça. Toujours comme ça. Encore comme ça. Nous n'ignorons pas combien le sujet est obscur...

  Comme ça. Toujours comme ça. Encore comme ça. Nous n'ignorons pas combien le sujet est obscur...
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Et l'automne revient nous dire pourquoi à chaque chose est assigné un pouvoir limité, une borne immuable. Hier, en fin d'après-midi, alors je suis allé rejoindre un ami, afin que nos mélancolies se déplacent, comme ça, brièvement, et toujours comme ça dans les limites d'une heure quotidienne et, encore comme ça, dans un rayon maximal d'un kilomètre. Ce nouveau complice de promenade est photographe. Se prénomme Alexandre. Tous ses ami(e)s l’appellent Alex. Et comme ça, Alexandre qui, dans la vie, confinée ou non, est photographe, a vécu une enfance plutôt itinérante. Oui, puisque son père était sous-gouverneur de la Banque de France. Oui toujours, si l'on considère qu'une partie de sa famille habitait New-York. Et toujours comme ça, au gré des ses rêves tournant à la ronde en quête d'une issue favorable, un peu comme tous les gamins du monde oui mais ce fut d'abord le Moyen Orient qui déployait ses déserts et donnait sa cadence. Oui...

 

Nous arrivions là où les Batignolles prennent leur source et c'est juste après que la Place Clichy achève d'agoniser dans son petit cauchemar en cinémascope, nous arrivions là et Alexandre a tenu à me montrer l'endroit exact de sa chute en trottinette électrique. Cette chute lui vaut aujourd'hui d'avoir le bras en écharpe. Alexandre, que tous ses ami(e)s appellent Alex, s'est fracturé l'épaule, ça fait plus d'un mois. Il semblerait qu'il soit toujours amoureux d'une fille et lui et moi, n'ignorons pas combien le sujet est obscur. Il est amoureux, alors il attend. Pourtant, il est toujours debout. Pourtant, malgré la douleur et les nuits sans sommeil, il tient absolument à se tenir droit.

 

Il semblerait, je veux dire dans les secondes qui ont précédé sa chute en trottinette, qu'il ait voulu éviter une fille qui, comme ça, sans raison, a décidé, sur un coup de tête et d'un simple mouvement tournant de la hanche pas napoléonien pour deux sous, de traverser sous le nez électrique de sa trottinette alors lancée à tombeau ouvert, puisque par les temps qui courent à Paris, même un type comme Alexandre a pu se laisser convaincre que ce moyen de locomotion , assez peu adaptée aux contraintes des bords de trottoir et des pistes cyclables, était peut-être un raccourci, plus rapide qu'un autre – la boisson en terrasse. La ferveur d'un reportage en Afrique. Les reliquats d'une jeunesse d'écrivain-voyageur en culottes courtes – un biais permettant d'accéder, au mépris de cette époque de violence et d'oppression, à une autre forme de bonheur possible. Lucrèce n'a pas toujours raison. Aux yeux d'Alexandre, que tous ses ami(e)s appellent Alex, la poésie, en version sono mondiale, ne vit pas seulement d'une vie virtuelle. Il fait des photos. Ses photos explorent l'univers physique de la mélancolie. La ville qui a parfois le vide en horreur.

 

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