journal
11 Avril 2020
Confinement. Jour 26.
16 h 42. Sur Fip, alors, la voix d'Aretha Franklin. Le chat Giscard se léche le trou du cul. Il aime en prendre soin et quelle grâce de parfait homme du monde il déploie à petits secouements de langue afin de ne rien laisser au hasard. Si j'ai bonne mémoire, c'est le premier chat dandy que le bon dieu a bien voulu mettre sur ma route. Juste avant de trinquer avec mon amoureuse au retour des samedis comme avant - quand ils ne sentaient pas encore la salive des chrysanthèmes - pour sûr, je compte bien faire un voeu...
17 h 03. Chaque enfant doit rêver d'écrire le scénario imparable d'un jeu vidéo suspendu tel un pont trop loin du monde des adultes. J'ignore ce que peut bien branler notre jeune voisine d'en face, mais sa fenêtre sur cour me permet au moins de supposer qu'il s'agit d'une geek, oui, vu comme elle agite toute la journée ses bras nus et tatoués devant son écran, casque continuellement plaqué sur les oreilles. Aime-t-elle la Pop music actuelle ? Ou bien lui préfère-t-elle, au contraire, des sons plus âpres, plus sombres, plus gothiques et sans isssue ? Et d'abord, pourquoi n'aimerait-elle pas plutôt les airs d'opéra ? Par exemple, certains airs du Don Carlos de Verdi. Et la voix d'Aretha, qui sait...
17 h 08. Il a du mal, aujourd'hui, le soleil. Du mal à faire le tour de la brume. On dirait que le ciel n'a plus de jambes. C'est comme si ses petites bourses timidement s'hérissaient contre la carapace de l'automne. Tout ça n'est pas très raccord. Je retourne au spectacle de Giscard en songeant à la voix d'Aretha. Aujourd'hui, samedi 11 avril, je décide que pour apprécier vraiment la soul, il vaut mieux la servir sautée à la poêle avec un trou du cul de chat un peu dandy de la rondelle...