journal
23 Avril 2020
Confinement. Jour 34.
Personne ne semble s'en rendre compte mais les rêves du sans-abri qui peuple de son surpoids aux profondeurs intimes et mystérieuses ce maigre bout d'abribus, cherchant sans doute - mais qu'est-ce que j'en sais ? - à transformer en antidote contre l'art des rétines tout ce mobilier urbain qui, même à l'aimer de la façon qu'on l'aime, la ville n'est plus à une mesquinerie de ce genre près, oui tout ce mobilier urbain qui vise à empêcher l'installation, ne serait-ce que provisoire, d'êtres comme lui - dont ce monde bancal estime bien sûr qu'il n'y a plus rien à tirer - sur le peu d'espace encore disponible dans l'espace public, oui, personne ne semble s'en rendre compte mais ses rêves s'échappent parfois de ses yeux comme seuls les pingouins s'échappent.
Les villes aiment-elles vraiment l'ennui ? Les abribus sont-ils prêts à offrir leur vie de plexiglass pour que subsistent des idées d'insoumission passive pareilles ? Plus les choses tentent, presque à leur corps défendant, d'échapper au grand récit initiatique, envoûtant et étrange, que c'est, aussi, survivre de face ou de profil dans les dernières trappes ménagées - même si chaque jour, le téléphone arrondit les angles souterrains qui voulaient juste vivre d'humour et de migraine - les dernières trappes ménagées par les quartiers perdus qui restent et plus, alors, elles s'échinent à remettre en son - le son sourd d'une chute. L'onomatopée rauque d'où surgit toujours ce genre de personnage, vous savez, qui court la nuit, au bord du vide. Ce genre-là... - à remettre en son des mélodies du malheur que plus personne n'a envie d'écouter...