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Confiné(e)s
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Il suffit de fermer les yeux

Il suffit de fermer les yeux
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Confinement. Jour 33.

7 h 03. Les cloches ont une voix. La nuit dernière, en séchant comme un paquet de linge sale, devant un texte dont les corrections, sans cesse repoussées au lendemain, me donnaient beaucoup d'effort, j'ai repensé à celles qui m'apportaient consolation et repos. Les cloches du village accroché sur les premières pentes de ce piémont pyrénéen où j'ai vécu les premières années de l'enfance. Elles scandaient le décompte, morne et paresseux, des jours. Et chaque nuit, alors, leur timbre, lugubre comme le meurtre du commandeur, avait au moins le mérite de faire cesser - oh quelques minutes, le temps que...- le trottis continuel des rats qui nichaient à touche-touche, l'hiver venu, dans tous les faux-plafonds de la ferme. Et dans celui de ma chambre, ils grouillaient littéralement...

 

10 h 09. Retour de mon jogging quotidien. La sueur et ma bouche sèche se ramifient sous l'épine de ma langue. Deux rats aperçus depuis ce pont où je cours, ce pont étroit qui enjambe la Seine avec des grincements de vieillard. Je bois un café en écrivant un truc...un poème où la métaphore aimerait se déplacer à la vitesse des droits d'auteur de Paul Auster. Pourquoi un café ? Pour qui ce poème ? Pour quelle raison Paul Auster ?

 

 

Je ferme les yeux quand je rentre

et c'est comme si

un coup de baguette magique

avait endormi toute chose...

Si je m'aventure de nuit

dans les forêts profondes

où des sons familiers viennent à vous

en morceaux

le ciel est là

l'ennui continue

de refluer vers le fleuve

mais tout se tient maintenant

dans cet écart ténu

entre la veille et le sommeil....

et c'est étrange mais je sais

que nous nous reverrons

dans vingt-cinq ans...

puisqu'il suffit de fermer les yeux

seulement quelques heures

pour suspendre un peu

de cette existence sans génie

et parvenir à s'exposer enfin

à la mort...

et alors nos bouches vont et viennent

se cherchent avec la même

promesse d'embrasement

dans le halo gothique du peintre

un gouffre au-dessus duquel on se penche

sans jamais voir le fond

et d'où remontent

les larmes et les souvenirs...

 

 

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