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Confiné(e)s
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De son coeur le vampire

De son coeur le vampire
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Confinement. Jour 27.

16 h 40. Marcher au hasard dans les rues, surtout le dimanche, j'ai toujours aimé ça.  Marcher au hasard... à la rencontre des saveurs contrastées de quelques émotions nouvelles. Si j'écris que même les rues les plus familières sont toutes potentiellement remplies de sortilèges inédits, vous allez sans doute vous dire : la barbe! Il va en remettre une couche avec sa ville-son pays. Pff, le mec radote pire que la société française qui aurait pourtant le choix entre la pauvreté et un surcroît d'efforts, comme osent le prétendre certains politiques dont on pressent qu'ils n'ont plus que cinquante mots à vivre. Bon, c'est reparti... il va encore nous bassiner avec son histoire de zones - grises ou neutres - qui n'est qu'une manière comme une autre de recycler les cercles de l'Enfer à sa sauce,  un peu trop pop pour intérresser au-delà du périph...

Non. Vous vous fourrez le doigt dans l'oeil. Je n'ai plus ce genre d'idées en tête. Plus maintenant que je cours à nouveau quand je cours comme je cours, à savoir aussi mal que possible et le plus souvent au petit matin afin que tous mes semblables constatent l'ampleur de ma décadence physique, non, plus maintenant que je cours dans une ville rendue, chaque jour d'avantage, aux oiseaux, aux rats et à la poussière. Tout ce qui m'importe regarde désormais autre chose. L'infra ordinaire - si cher à Pérec - mais dans sa nouvelle façon d'affleurer aux lisières de cette nation émergente - ou de cette nouvelle zone. J'aurais largement de quoi tartiner un chapitre supplémentaire sur le motif. Mais non. Gardez vos doigts là où ils sont. Les températures ont chuté. Toute forme de chaleur humaine, d'où qu'elle vienne, est bonne à prendre ces temps-ci - reprenons... l'infra ordinaire mais dans sa nouvelle façon d'affleurer aux lisières de cette  " Nation émergente  "qu'on n'ira surtout pas qualifier de  " Nouveau monde. "

Surtout pas. Laissons ça au Président et à ses sbires lesquels, guère plus audacieux que leurs devanciers, communiquent toujours plus pour en dire le moins possible. Qu'ils se gourent à dessein, les regarde. Les mots, depuis que l'homme a compris les vertus du lien social, les mots on les a faits pour être remués dans tous les sens, tordus à notre guise. Et que notre Président se soit fantasmé en Kennedy boy 2.0, après tout, c'est notre problème. Notre problème si son fantasme a fini par s'incarner dans nos vies minuscules. Les mots, si on n'y prend garde, finissent aussi par vous perdre. Un mot ça vous met la rage au coeur. Ou de violentes passions. Ou de folles utopies en tête. Ou de sales petites boues mesquines dans l'oeil. 

Un mot ça vous suce le sang et la moelle. Et de son coeur, à la fin lorsqu'il n'est même plus temps de s'en rendre compte, et de son coeur à la fin... le vampire... Un mot c'est un organisme vivant, tous les souffles qui le font tenir en l'air vous rebattent les tempes. Et parfois vous suffoquent. Celles et ceux que nous nous choisissons, à fréquence régulière, pour les maîtriser à notre place, tellement nous nous sentons en infériorité numérique face à leur ampleur, leur démesure, ont compris toute l'utilité qu'ils pourraient en retirer. Alors oui, je préfère et de loin  le terme de " Nation émergente" à celui de " Nouveau monde. " Il n'y a pas plus de " Nouveau monde " que de  " Nouvelle frontière. " "Nouveau monde " est, au mieux, un grand film de Terrence Malick et ensuite ça pue assez vite  l'huile de bronzage, les amphétes, le surf et la Californie. Quant à" Nouvelle frontière ", ça concerne au pire les agences de voyage et, au petit trot où vont les trains dont la plupart en plus sont sommés de pourrir sur rails, la prochaine génération d'écrivains-voyageurs ne parlera plus que des périls endurés à chaque sortie unique de première nécesssité, de la difficulté pour une nonogénaire de se rendre à la boulangerie, avec interdiction de s'asseoir sur un banc sous peine d'amende.    

Non, il n'y a jamais eu  de " Nouveau monde " et de " Nouvelle frontière ". On s'est bien foutus de notre gueule et c'est bien fait pour nous. Il y a juste avant les indiens d'Amérique et leur bonheur simple de planter leur tentes dans les traces fraîches d'un troupeau de bison et il y a seulement cet  "un peu après " où, parce que toutes leurs guerres ont été perdues, ils se sont retrouvés, comme ça un matin sur les hautes plaines, seulement libres d'obéir. 

Courir à Paris - je veux dire depuis que Canal plus et tous les autres tenants d'une Pop culture généraliste ont poussé au cul de l'opinion publique et ce à grands renforts d'effets de montage -  a toujours été le petit luxe triste d'une poignée de filles et de garçons, plus ou moins inconscients - la pollution. L'âprété du bitume pas trop conçu comme une piste faite en principe pour amortir les chocs...- mais l'hygiènisme n'est-il pas une forme d'inconscience... le petit luxe triste d'une poignée de filles et de garçons ayant, plus ou moins consciemment du reste,  choisis de se plier à la régle de ces "nouvelles normes" pensées, soit par un certain discours made in Hollywood où même les gros et les moches ne le sont plus, soit par ces magazines soucieux de notre santé, mais oui tu penses...Non parce qu'avant, faire du sport, c'était un truc de prolos ou d'étudiants qui, grosso merdo, couraient pour boire et buvaient pour courir...Je schématise mon chemin de pensée? Oui et j'assume.

Tout comme je schématisais, mêmement et vachement, ce matin en courant au milieu tous ces joggeurs... des joggeurs qui depuis que nous sommes en guerre contre cet ennemi invisible - l'ennemi, je vais schématiser jusqu'au bout, n'est-ce pas plutôt nous-mêmes qui, jour après jour, minute après minute, devons faire face à cette inadaptation spaciale ?- , n'ont désormais plus seulement à voir avec ces jeunes gens ou ces cadres un peu sur l'âge soucieux de mourir en pleine forme et au meilleur de leur dynamisme. Des joggeurs, parmi lesquels, bien sûr, toujours on trouvait trace de ces jeunes gens et de ces vieux-jeunes et leurs tenues de marque et leurs bidules hi-tech pour empêcher leurs coeurs de partir chasser en solitaire sur les pistes de l'infarctus, oui oui, bien sûr, mais aussi des vieux qui s'y remettent, des gens qui courent pour la première fois, des filles et des garçons de tout âge, dont certaines et certains s'adonnent, tout étonnés de la chose, à ce truc qui tout à la fois les amusent et les fait suer et dans des shorts en jeans parfois raccourcis aux ciseaux, des accoutrements de fortune, des enchevêtrements de couleurs qui réchauffent l'âme... Et c'était aussi beau que le rétablissement en douceur d'une utopie républicaine...

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S
Dazed and toujours confused...<br /> <br /> Vinrent les jours pascals et le virus n'était toujours pas en odeur de sainteté. Pas plus que nos caciques suspendus aux recherches de ces sommités scientifiques et leurs yeux couchés sur le microscope, cherchant la réponse à ce no man's land ambiant tandis que le bourdon continuait à sonner. Au prix où ils sont payés par les laboratoires...! E = MC2. La masse de la population attend beaucoup après l'énergie de ces chercheurs. Pour l'instant tout est relatif. La chose était en action et on attendait la réaction. Beaucoup de gens parlent et peu de gens savent. Et pour l'instant, personne ne sait. Parleront ils encore longtemps quand on leur enverra la facture ? Chacun derrière sa porte dans l'attente du bruit de la sonnette, Dr Jeykill ou Mr Hyde. Perso, je préfère Chrissie Hynde mais c'est pour le jeu de mot.<br /> <br /> "Isole toi mais jamais seul", en ces temps d'isoloir c'était de circonstances mais pas trop nombreux non plus sinon on va vite se marcher sur la tête, déjà qu'à deux c'est la merde ! Rugbystiquement c'est plus parlant, tu prends l'intervalle sur un temps fort, mais jamais à l'abri d'un temps mort où tu cherches encore tes côtelettes. Toujours garder le lien quand même dans l'expectative du prochain envol.<br /> <br /> Sinon, lundi de Pâques et toujours dans l'attente, les chocolats n'avaient pas beau temps tout comme les kilos à venir. Pour l'instant, le murmure à l'oreille du virus se faisait beaucoup plus sonore. "Casse toi, pauv'con", "Ah non, touche moi pas tu me salis". Comme "le bruit et l'odeur", des paroles de droite un peu gauches...
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