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Confiné(e)s
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D'autres condensés d'existence

D'autres condensés d'existence
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Confinement. Jour 23.

8 h 07. Parfois, au moment de rallumer la radio, puisqu'il n'y a guère plus que la musique et le son des autres pour nous faire partir un peu en voyage, alors des envies curieuses vous viennent...Comme de limer les ongles de cette nouvelle journée vraiment très courts...Comme de rouvrir d'anciens carnets en espérant y découvrir des textes. Des trucs...Comment vont-ils ces textes, ces trucs, s'ils existent encore ? Sont-ils en train de pourrir d'ennui en caressant l'espoir qu'on les reprenne un peu pour voir ? Tirent-ils carrèment la gueule ? Une gueule longue, gauchie et chiche...Une gueule de recette de côte de porc pour étudiant ? Puent-ils de la même façon que les pieds sales de ce matin, ces petits trucs, ces bouts de textes ?

Parfois, comme à la radio Lou Reed égrène les raisons sociables d'un jour presque parfait, on relit un peu en diagonale ce qui pourrait devenir, avec un reliquat d'ambition littéraire qu'on n'a plus, une espèce de nouvelle minuscule. Un petit truc sur le point d'accoucher d'un texte fictif pour de vrai. Mais oui...

Parfois, avant le jogging de confinement, on se surprend à relire un truc informe et, peu à peu, le cheval se remet à croquer la carotte.  Et peu à peu, on se souvient exactement du jour où...tiens, par exemple, on avait notamment écrit ce truc-là :

" Sur une terrasse, quelque part, dans l'Est-parisien, tes lèvres tâchent de m'expliquer l'énergie des mécaniques populaires. J'aimerais passer le reste de ma vie à te regarder, mais, bien sûr, ça ne dépend pas que de moi. Tu me dis souvent : « laissons-nous porter, mon joli garçon. On verra bien ce que la vie Nous fera... » Tu me dis souvent des jolies choses comme ça. Autour de Nous, personne, à part une serveuse toute menue, nos téléphones et le responsable de salle, dont les bras suffiraient presque à prouver que les cours de fitness à l'usage des trentenaires en quête de réassurance ont encore de beaux jours devant eux...

Midi au mois d'août. Le retour des vacances a tôt fait de repousser les touristes vers le trottoir de l'ombre. Un peu partout, une certaine idée du co-working se met en place. Deux filles, leurs yeux comme un vendredi soir sans sexe, évoquent le bébé d'une amie à naître. Elles font mine d'être dérangées par les éclats de rire d'une bande d'ados dont tout porte à croire qu'ils n'ont pas quitté le quartier depuis la dernière classe de neige, il y a fort fort longtemps. C'est à peine si la nouvelle réforme du bac remue les pages des journaux...

Les rues sont écrasées de chaleur. Les gens qui se rangent à droite de leur i-phone estiment, de toute façon, que le mal est fait. Plus personne ne sait lire, ni écrire dans ce pays. Tout était mieux avant. A gauche, on ramollit dans l'eau chaude d'un thé au jasmin, d'un café saupoudré d'aspartame prisonnier du caramel, avec la certitude que le grand soir n'est pas prêt de vous donner des insomnies. On était plus jeune avant. L'anisette comptent ses derniers sympathisants sur les doigts d'une main qui souffre le manque de cacahuètes. Deux filles, toujours les mêmes, rêvent devant leur poka bowl qu'un jour prochain elles cesseront enfin de dormir seules. Tu m'as dit, un matin, alors que j'étais sur le départ et que tu me proposais une deuxième tasse de café. « Tu sais comment j'appelle les filles à la voix toute douce qui annoncent la naissance d'un deuxième enfant à leur compagnon déjà sur le départ, juste pour continuer à leur mener la vie dure ? Des petites meufs... »

J'aimerais passer ma vie à te regarder mais parce qu'il m'arrive parfois de faire le fier, mon regard se détourne un instant de ton visage et voilà, je fais encore semblant de chercher une ligne de fuite entre le Mac Do qui fait l'angle et le Monop' juste en face. Il y a bientôt trois semaines Nous avons fait les courses dans ce Monoprix où je me suis perdu en allant vérifier le prix d'un kilo de raisin, parce que des choses pareilles m'arrivent tout le temps depuis Toi, parce que j'ai toujours peur de te perdre. Hier soir, comme nous sortions du restaurant, Tu as eu envie d'une glace Sunday. Au moment d'enregistrer la commande, tu m'as dit ;« Tu trouves pas, mon joli garçon, que ces bornes ressemblent à un portable géant. Ce serait amusant de partir avec... » Et moi, bien entendu, j'étais d'accord. Moi, du moment qu'on rentre ensemble, je suis toujours prêt à te suivre. N'importe où. N'importe quand...

Sur une terrasse, quelque part, dans l'Est parisien, tes lèvres s'amusent à lancer des chats au-dessus de nos verres de vin blanc. J'ai longtemps été allergique aux chats. Et pourtant, j'en ai deux. Le premier est un genre de matou horrible qui pisse sur toute la création. Parce que c'est une façon comme une autre d'occuper le sol. Mon autre chat est une chatte qui miaule pire qu'une vieille fille après une armée de mecs en chaussettes. Le tien ressemble à ma chatte mais je ne pense pas qu'il soit très utile de faire les présentations. Jusqu'ici, c'était chacune et chacun chez soi. Chacune et chacun ses chats. J'aimerais passer ma vie à te regarder. Oui mais trop penser à demain gaspille aujourd'hui, je finis par me dire comme nous nous embrassons dans l'ascenseur et c'est juste avant que Nous retournions au travail, sur la petite table de ta cuisine où, tandis que Tu rédiges ton article à propos « Des restituteurs d'ensemble par inférence », je n'en finis plus de soupeser un petit texte comme il y en a. Un petit texte, où vers la fin, il sera vraiment question de vivre ensemble... "

14 h 09. Je repense à cet auteur et surtout à ce qu'il écrivait, c'était à propos du journal qu'il faisait paraître, volume après volume. Soudain j'ai envie de confiture de figues. Et de relire un manga tout en haut d'une termitière transformée en gratte-ciel. Et de répéter " Je t'aime " à mon Amoureuse...le temps qu'elle mette la dernière main à ses lasagnes maison. Et demain, alors, sans doute que j'irai me relire d'autres petits trucs, d'autres vieux bouts de textes, d'autres condensés minuscules d'existence confinés dans l'ennui d'un ancien carnet. Et ses yeux, pendant que ce sera mon tour de m'activer en cuisine, oui, ses yeux si profonds...à nouveau mon regard tombera dedans...

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