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Confiné(e)s
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Comme on traverse l'été

Comme on traverse l'été
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Confinement. Jour 30. 

10 h 33.  Ce matin, j'ai écrit un poème en courant. J'ai repensé à ce que Charles Juliet me confiait- il l'a souvent dit, tout ça...rien de très neuf pour qui connaît l'auteur et son oeuvre...-, sur son raport à la marche et comment il se faisait, parfois, que les mots lui soient " donnés "... alors que ses pas l'entrainaient dans les rues de Lyon ou dans sa campagne, près de Bourg-en-Bresse. Ou encore sous les bourrasques d'Auckland...

 

Je ne te l'ai

jamais dit...

mais j'ai quelques

convictions profondes

Une ou deux

pas plus

Par exemple je pense

depuis mes seize

ans

que dans le domaine

des sentiments

pour peu qu'ils soient

forts

des émotions

celles qui font

le visage lumineux

de cette lumière

particulière

tu sais comme quand

on regarde

les arcs en ciel

oui je pense que

dans ce

domaine-là

parfois

il arrive

que ce qu'on cherche

à expliquer

se dérobe aussitôt

à nos yeux...

Je ne te l'ai

jamais dit

ou pas encore :

sitôt que nos regards

se sont croisés

j'ai su...

Tes yeux étaient

deux papillons

qui battent

des ailes

et je me suis mis

à exister

pour de vrai...

Ton visage a fait

souffler

un vent neuf

sur le mien...

Tes si jolies dents

aux motifs

géographiques

j'ai envie

qu'elles s’incrustent

sous ma peau

comme on traverse l'été

Je ne te l'ai

jamais dit

mais tout

ce que tu es

parvient

à suspendre

le meilleur de la vie

au-dessus de chaque

aube

Je ne te l'ai

jamais dit

mais quand tes mains

essuient

mon corps nu

je sais que je m'apprête

encore à vivre

un matin

sans blessure...

 

 

12 h 47. Devant un square désert, forcément, une vieille dame hurle à la mort. " Tous les enfants sont portés disparus! " Elle crie comme une perdue. M'explique, alors que je m'approche d'elle, son incompréhension. " J'ai prévenu la police. Dix fois. Vingt fois par jour, je les appelle. Et ils ne font rien. Si les enfants ne vivent plus dans les parcs quand il fait beau... alors où sont-ils? Je suis certaine que  " les autres là " en ont  profité avec leur confinement. Qu'ils en ont profité pour les rayer de la carte. Ces gens, vous savez, jeune homme...ces gens crachent sur l'avenir. Ils n'en veulent pas...ça leur fait peur, jeune homme "

13 h 04. Je ne suis plus un jeune homme. J'ai 49 ans. Mon fils a eu 18 ans et c'était dimanche dernier. Il a soufflé ses bougies avec sa maman et sa soeur. On s'était " eu au téléphone" et ça c'est pratiquement tous les jours.  En pleine nuit,  toujours dimanche dernier, je me suis levé en sursaut et je me suis saisi de mon stylo comme d'un épouvantail. Ni mieux, ni pire que la vieille folle du square, moi non plus, je n'étais pas là...

 

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