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Confiné(e)s
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Anthologie de la chanson courte

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Confinement. Jour 31.

9 h. Mes joggings, dis-je avec une voix bizarre en regardant le chat Giscard, ressemblent, matin après matin, soir après soir, à une pauvre anthologie du poème court japonais. Et oui, ma sueur accompagne ces pauvres jambes comme une neige.  A la recherche de la cadence perdue, je ne fais rien d'autre à part rassembler mes os tandis que les trottoirs compatissent. Parfois, j'aimerais tomber dans les bras d'une étoile filante, un peu menteuse, un peu sosie de cette championne de 200 m dont j'oublie toujours le nom tellement elle cassait la ligne mieux qu'un renard. A courir n'importe comment après les ombres de n'importe quoi, le seul petit luxe auquel on finit par avoir droit, je vais vous dire, c'est, comme ça entre deux foulées à peu près acceptables, retrouver la trace du vieux courant où on avait nagé. 

10 h. Le superflu, il chantait...J'ai 49 ans. Il faut que j'écrive un poème. N'importe comment. Oui c'est ça. N'importe quoi...  Un poème, enfin, des mots... Un poème en forme de dernier verre pour la route. Un verre bien chambré avant d'aller finir de suer dans le vestiaire des morts. Oui... C'est ça

Le sens de la tragédie ordinaire

tu disais

ça s’acquiert toujours

sur le tard

D’ici là tu disais

les eaux usées du chagrin

auront fini de couler sous les ponts

où les promeneurs se sont

depuis longtemps

lassés

de tout ce romantisme

public...

 

Confinement. Jour 31.

12 h. Voilà, j'ai écrit un poème. C'était donc un poème faisant référence à l'âge qui rampe aplati comme une chienne dans un jardin vide, oui un jardin jeté hors du monde et de ses chemins habituels. Un poème qui aimerait tant renverser le ciel. Oui mais voilà... il s'adresse avec beaucoup trop de complaisance à cette peau dont on ne change pas aussi facilement et ne devrait surtout pas être lu par des personnes en dessous de la trentaine. Surtout pas. 

14 h 08. Et je me souviens, alors que je tentais de faire ma vie dans la chronique musicale - on avait vingt ans. On pensait qu'on allait pouvoir passer notre vie à écrire sur la musique des autres...tous ces autres...que cette petite affaire durerait toujours. Oui mais...vingt ans, à cette époque, c'était déjà arriver trop tard. Beaucoup trop tard. Toujours trop tard. Après les batailles. Celles qui comptent, oeil pour oeil, épingle à nourrice et sang pour sang. Après les dernières étincelles qui font sortir les hommes de l'ombre... - oui je me souviens de ce vieux briscard de la critique... La pop Music, anglo-saxonne pour l'essentiel, bien sûr j'en avais plein la bouche et, puisque j'étais si peu bilingue et que le langage à l'accent tonique est un malentendu, plein les oreilles. Bien sûr...Mais lui, une fois, comme je venais déposer ma disquette, en retard... " C'est de la presse, mec, pas de l'édition..." Et donc lui, il écoutait ça. Et je me souviens de ma question. On a de ces questions à vingt ans. "Hey... Mais c'est vachement...C'est quoi ? C'est qui ? " Et lui alors : " Christophe. Et ouais... mec... Je sais, je sais... " Et ouais... je me souviens...

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S
Confiné, J 31<br /> <br /> En début de soirée j'avais visionné l'hommage à ce Bevilacquas. Quelques duos intéressants, toujours sur tabouret haut ou au piano il respirait pas la santé du moins pas autant que sa musique. Souvent le cas chez certains artistes. <br /> Plus tard, pas pris l’espace sommeil cette nuit, je sais pas pourquoi. Un côté dark side ? J’ai pris le casque et dépoussiéré Pink Floyd, ces ciseleurs de sons, pionniers de l’electro finalement. Le live « Pulse » en écoute gratuite sur Google comme d’autres l’ont fait aussi ces temps ci, Genesis, Radiohead,… La nuit avançait et le sommeil passa par là quand même pendant que Covid se baladait toujours.<br /> Ce matin, je trempais mes madeleines St-Michel dans mon mug de café en pensant à tous ces paradis perdus. Tout résonnait toujours étrangement ouaté. Juste la pluie qui gouttelait puisque le soleil ne daignait pas faire son intéressant, une dolce vita mélancolique, un matin mal endimanché. Et des merles optimistes sifflant sous la pluie. Côté cuisine je me dis que j’allais endimancher l’atmosphère, ambiancer quoi. Petite innovation culinaire avec des aiguillettes de canard à la chapelure de pain d’épices. Côté accompagnement, une première ratatouille de l’année pour le soleil in the kitchen. Et un petit Beaujolais tradition 2018 ferait l’affaire. J’aime bien la goulayance du gamay. Mon père l’aimait bien aussi. Je me rappelle que pour son dernier Noël familial, déjà malade depuis un certain temps, il m’avait demandé d’en mettre sur la table ne supportant plus les rouges plus tanniques ou charpentés. Il en avait pas bu beaucoup.<br /> Et dire qu’on l’a jamais entendu parler que son père (pas connu étant décédé avant) en cultivait à Empurany pour moitié d’exploitation pratiquement, l’autre étant consacrée à l’arboriculture. Il en vendait parait-il quelques tonnelets « sous le coude » à l’époque, à des bistroquets lyonnais, chargés et transportés par mon oncle Joseph alors conducteur de car. Dixit mon cousin, son fils, qui me l’a appris l’année dernière lors de l’enterrement de la benjamine de la lignée dont on a rien su non plus et qui appréciait bien le canon. Il n’y a plus de vignes depuis belle lurette à Empurany. Un jeune couple a relancé du gamay entre autres, en culture bio sur Arlebosc, village voisin.<br /> La liberté n’est pas une direction parce que le cœur du problème est dans votre tête, parce que le passé et le futur sont des illusions. Ils existent dans le présent (Rick Ocasek).<br /> « Breathe, breathe in the air, don’t me afraid to care », anti et bio éthiquement parlant on va continuer à respirer, <br /> « home, home again » et gribouiller le jour d’après.
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