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Confiné(e)s
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Un lieu hanté

Un lieu hanté
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Confinement. Jour 6.

Nous avons tous, plus ou moins, un vieux compte à régler avec la société. Ça prend le temps que ça prend mais, au bout de ces nouveaux comptes à rebours intégrés à la marche de nos destins minuscules, on finira peut-être par se dire que l'aigreur est humaine et que dans cette vie d'abeille utile et nécessaire au juste fonctionnement de la ruche, oui, il se pourrait bien, en définitive, que la vengeance soit plus douce que le miel. A force de jouer à la résurrection du Christ de l'état providence, honni la plupart du temps, surtout lorsque la plupart du temps se joue dans la surenchère pseudo moderniste qu'on sait, et que ce grand film faussement documenté agit,  depuis plus de trente ans comme un travail de sape, sur les consciences grâce à un subtil montage, forcément virtuel, et aux réorganisations permanente du temps des événements, l'animateur d'atelier d'écriture entre parenthèses et le néo joggeur à foulées intermittentes que je suis devenu par la farce des choses, se demande ce dimanche, puisque nous sommes dimanche, si...alors, un de ces jours... et par la seule grâce de ce confinement...

Nous avons tous, plus ou moins, un vieux compte à régler avec la société. Et je me pose tout un tas de questions... 

Confinement ou pas, à chaque dimanche qui passe, j'ai pris l'habitude de me poser pour réfléchir. Le plus souvent à la terrasse d'un bistrot. Parfois, ma pauvre tête désireuse de marquer une sorte de distance physique avec tous ces livres que je n'écrirai pas, ma pauvre tête reposant comme un morceau de viande mis tout vif au frigo, contre les cuisses encore tièdes de la fille que j'aime. Il suffit, comme ce matin, que le bout de ses doigts pianotent sur mes joues pour que mes idées toutes seules se remettent en place. Oui. Il suffit de ses doigts ensoleillés sur ma joue alors que cette partie de mon visage a eu, l'espace d'une seconde, à nouveau la tentation de se détourner du jour, pour que je cesse de maudire le monde - ce matin, surtout au début, le monde s'avançait vers moi avec une bonne vieille démarche de vieux chien pressé de me pisser dessus - ce qui n'est pourtant pas dans mes habitudes, mais c'est toujours pareil quand dimanche revient frapper à la porte de ce vieux saloon de samedi soir, fermé pour cause d'inventaire et dont, en plus, on sait qu'il ne rouvrira pas de sitôt...

Nous avons tous, plus ou moins, un vieux compte à régler avec la société. Hier soir, j'avais tout le temps devant moi. D'accord, puisque, parait-il nous sommes dimanche, cette fois, promis,  je vous la fais courte...

Hier soir, c'était quand même très beau quand mon amoureuse et moi, nous sommes partis en promenade le long des vitres propres de sa baie vitrée où, certes, la transparence n'était, ici comme ailleurs,  qu'une illusion qui en valait bien d'autres, mais dans le fond pas pire qu'une autre. Oh oui, alors, c'était quand même très beau quand nous sommes sortis sur la terrasse, dans cette tentative d'extérieur nuit en miniature, habillés, elle, d'une simple robe noire dont les plis froufroutaient plus loin qu'une crique oubliée quelque part au bord d'une plage grecque, moi, d'un jeans slim et d'une chemise blanche aussi déserte qu'une discothèque depuis que le nightclubbing ne peuple plus le cœur des jeunes gens comme un lieu hanté...

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