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Confiné(e)s
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Tu sens passer les saisons

Tu sens passer les saisons
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Confinement. Jour 3.

Juste un moment. Tandis que le mal se fabrique, s'actualise à chaque flash info - puisqu'ici, ça commence à se savoir, on s'écoute France info dès 6 h du matin vite devenu 8 h et bientôt 9 h et puisque, même ici, le matin promet de vite devenir un autre jour...-, oui, tandis que le mal s'actualise à la sauce crémeuse, épinards et fromage, avec quoi mes pâtes auraient pu, auraient dû s'accommoder, mardi dernier par exemple, la sauce crémeuse des jours qui passent, voilà mettons...donc, tandis que le mal se fabrique et s'actualise dans cette latence ténue qu'on pourrait appeler le délai de transmission de l'info, comme tout  imbécile respectable, je me vois dans l'obligation de m'instruire par les événements rapportés depuis les lieux et les poussières où de nouveaux gestes barrières trient désormais les faits et les conflits susceptibles de générer une suite infinie d'épisodes, puisqu'ici, ça commence à se savoir, le coronavirus se pitche et se tease.

Et j'ai beau n'être qu'un animateur d'atelier d'écriture à l'usage de jeunes gens - résumé des épisodes précédents ( je suis un auteur succinct, je serai bref c'est promis ) : avant ces jours d'aubaine ou d'angoisse ou inversement, c'est pour selon, je lançais des propositions d'écriture dans l'atmosphère chahuteuse d'une salle informatique laquelle, pour peu qu'on fasse un tout petit effort d'imagination, aurait presque pu ressembler à l'une de ces writing room et c'est dans de tels sanctuaires que les séries dont nous nous tapissons, mon amoureuse et moi, le fond des yeux, depuis que, oui c'est dans ces writing room que des régiments de scénaristes précisent les contours des péripéties feuilletonantes prêtes à être consommer en continu. Mais puisqu'ici, on n'a pas attendu d'être confiné pour comprendre qu'on pourrait consentir, et sans vraiment livrer bataille, au binge-watching et pas seulement contre notre volonté, bref, passons - et j'ai beau n'être qu'un animateur d'atelier d'écriture à l'usage de jeunes gens, dont l'intelligence de petits bricoleurs est d'avoir très tôt compris jusqu'à quel point mes idées retardaient d'au moins deux générations, oui j'ai beau n'être qu'un homme lourd et lent pareil, je réussis parfois à me perdre de vue et il m'arrive même de prêter une oreille émue et concernée aux tendresses minuscules qui s'entendent ici ou là, et ici ou là ça a beau se restreindre aux rumeur d'existences et à toutes ces voix qui tissent l'intrigue soap opérante rythmant la vie de la résidence où nous vivons en reclus amoureux, c'est pour moi, désormais, ici et là que tout se passe, alors...

Juste un moment. Et puisqu'il s'agit d'un moment qui promet d'être long, j'ai eu, hier soir entre deux gorgées de muscat sec, cet éclair de génie : je vais prendre, allez une heure par jour au moins, une respiration plus profonde et laisser les couleurs du printemps revenu filer sur le visage des gens qui organisent l'arc narratif de cette saison inédite en cours, avec pour décor unique d'ensemble, la résidence où, toujours hier soir entre deux gorgées de muscat sec, pour la première fois nous nous sommes mis à applaudir, à l'unisson de nos voisins de solitude forcée, tous les personnels soignants qui luttent en première ligne, puisque le président l'a dit: nous sommes en guerre, et c'était assez étrange, presque incongru, cette situation qui revenait, et même en faisant preuve de l'imagination débridée, foisonnante, de deux scénaristes confinés dans quelque writing room, oui, c'était assez étrange cette situation qui consistait à acclamer un groupe de musiciens invisibles et muets dont le concert, par surcroît, se déroulait à des kilomètres d'ici. 

Juste un moment. Et hier par exemple, c'était comme du vivre ensemble dans une salle de concert désertée par les musiciens...

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