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Confiné(e)s
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Seul Poulidor était capable de faire ça

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Confinement. Jour 4.

D'où qu'on regarde les choses, en ce bas monde, il existe assez peu de poètes grecs, nés vers la fin du VIII em siècle av JC. C'est même une rareté et la rareté, de nos jours aurait presque tendance à se faire de plus en plus rare.

 2 h 40 et je dois bien reconnaître que dans une vie relativement antérieure, une vie où, moi aussi j'ai pu rêver d'avoir un esprit sain dans un corps robuste, le manque de sommeil passait très souvent pour l'illusion créatrice la plus plausible. La seule, l'unique. Oui, peut-être. Tous les hommes qui aspirent à ce genre de faribole à base d'esprit sain en résidence dans un corps robuste, oui tous ces hommes finissent, tôt ou tard, par transpirer dans un pantalon de jogging commandé, deux paquets de clopes trop loin, sur le site de la Redoute, et à chaque mètre vaillamment parcouru, arraché soit au bitume des trottoirs - c'est vers 1835 qu'est apparu le premier trottoir bitumé de Paris. Je l'ai lu quelque part. Où exactement ? Je ne sais plus. Quand c'était? Là, en revanche... je pourrais écrire que toute la scène se passait dans ces heures tièdes et fragiles, vous savez, quand le monstre des ruisseaux se remet à roder dans les parages et alors d'étranges chauve-souris se remettent à s'accrocher aux dernières branches maîtresses de votre cerveau et alors la nuit se remet à faire l'aumône aux bons comme aux méchants et alors... soudain la terre s'ouvre sous vos pieds comme lorsqu'on claque, méchamment et à la sauvette, le bec de son ordinateur sur la bouche refaite d'un film porno. Je pourrais écrire ce genre de truc. Préciser le mensonge en glissant sous les habits de l'astuce que la dite scène se passait, en outre, au plus creux de l'hiver - résumé des chapitres précédents : avant que nos vies ne se limitent à la distanciation sociale faute de masque, j'animais des ateliers d'écriture. Un jour, faisant mine de piocher une idée de génie sur mon présentoir spécial idées géniales à six coupelles, j'ai lancé aux enfants assoupis sur leurs restes de compote à boire de l'école élémentaire où donc... la proposition suivante : imaginez l'hiver comme un trou de corneille. Bref - et préciser un truc pareil voilà qui serait encore un moyen de m'en sortir. Sans doute parce que la honte sait choisir sa saison quand elle est dans le besoin. Sans doute. Mais je n'ai plus envie d'écrire des trucs pareils... N'empêche, c'est vers 1835 que le premier trottoir bitumé est apparu à Paris. Sur le pont-Royal, très exactement - et donc à chaque mètre vaillamment parcouru, arraché soit au bitume des trottoirs, soit à la boue d'un mauvais chemin forestier tracé en pleines terres molles, oui tous ces hommes, dont j'ai un temps fait partie, ont beau s'agiter comme des crapauds sur leurs boîtes d'allumettes, et bien, figurez-vous qu'ils insistent et bientôt, imaginez qu'ils se mettent à courir pour de bon.  

D'où qu'on regarde les choses, en ce bas monde, il existe assez peu de poètes grecs, nés vers la fin du VIII em siècle av JC. C'est même une rareté et la rareté, de nos jours, aurait presque tendance à se faire de plus en plus rare.

2 h 40. Avec mon amoureuse, au début de cette soirée et dans le seul but de trinquer, les yeux pêchant dans ceux de l'autre des monuments de fièvre et alors... soupirs contre soupirs, on évoque ce qu'on a trouvé de mieux et ce qui aurait pu tourner au pire, oui, avec mon amoureuse, au début de cette soirée d'une douceur impensable quand on y pense et qu'on se remet, un peu-beaucoup, à repenser aux autres - Et ici, telle collègue frappée par cette saloperie de grippe d'abord strictement chinoise et trouvant très vite le moyen, saleté d'époque vendue à la vitesse, de s'exporter partout ailleurs. Et là, nos enfants et soit leur mère, soit leur père, et tout ce joli monde qui doit bien se débrouiller avec ça - oui, avec mon amoureuse, au début de cette soirée que nous trinquions, l'amour glissant de la buée de nos verres à l'humeur tranquille de nos lèvres, oui que nous trinquions, le printemps dans la bouche, à la santé de ce troisième jour de confinement presque passé crème, mettons sans qu'on ait eu à déplorer en vrai le genre d'anicroches presque inaudibles où, par la farce des choses, l'intrigue devient vague et la mauvaise humeur s'improvise au fur et à mesure que les mélancolies achèvent de vous grignoter le cœur, oh vous savez bien - et si vous ne savez toujours pas ou faites semblant de ne pas savoir, après tout tant mieux...- , oui, presque passé crème et sur le point de basculer vers le drame d'un nouveau jour sans fin, certes amorti par tous un tas de tendresses, de rires dignes de figurer en tête de toutes les listes au programme de toutes les sonothèques du monde, alors on s'est regardé. Fixement.

Dans ces moments-là, mes doigts cherchent toujours à imiter ses yeux qui tremblent et je crois bien que s'ils font ça, ses yeux, c'est pour ne pas que sa voix perde l'équilibre. Dans ces moments-là, des idées lumineuses toujours lui viennent. Par exemple, hier soir - puisqu'il faut bien se dire que toute cette scène se passait déjà hier soir, à la fin du troisième jour de confinement -, l'idée qu'il allait peut-être falloir -et pourquoi pas dès demain ? - se mettre au jogging. Oui, voilà. Des idées lumineuses de ce genre. Se mettre au jogging et pourquoi pas dès demain, avec tout ce qu'on fume et malgré tout ce à quoi on peut trinquer par ailleurs, fin du troisième jour de confinement compris. Et bien oui. D'abord parce que, à une certaine période de ma vie - résumé des chapitres précédents : avant d'être un animateur d'atelier d'écriture, disons que j'ai beaucoup couru, soit battant le bitume des trottoirs, soit patouillant dans les boues des sous-bois - et puis parce que mon amoureuse est capable de pédaler des heures entières sans dévier jamais du grand plateau. Et d'après ce que j'en sais, seul Poulidor était capable de faire ça... 

Confinement. Jour 4.

D'où qu'on regarde les choses, en ce bas monde, il existe assez peu de poètes grecs, nés vers la fin du VIII em siècle av JC. C'est même une rareté et la rareté, de nos jours aurait presque tendance à se faire de plus en plus rare.

2 h 40. Mon amoureuse dort. Mes doigts qui ont dû cessé de trembler quelque part entre la fin de la première bouteille de muscat sec et le début d'une autre de ses idées lumineuses, oui et bien, ces doigts-là brûlent de vous écrire un truc. Ce truc pourrait aussi bien se résumer à ça : regarder dormir la fille qu'on aime comme je la regarde dormir, c'est arrêter enfin de se prendre pour un poète...Et c'est tellement...tellement...que les mots acceptent, enfin aussi, de se perdre dans le silence...Et mon dieu il était temps...Oui...c'est ça...regarder dormir la fille qu'on aime... c'est aimer en apprenant... oh oui il était temps... à se taire...

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