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Confiné(e)s
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Le cerveau, ça soigne

Le cerveau, ça soigne
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Confinement. Jour 15. 

" Nous arriverons tous au coin d'une rue sombre et étroite " Le vieil homme marmonait ça, ce matin. Et d'abord, à qui me fait vraiment penser ce vieux que je ne cesse de croiser dans l'ascenseur au moment de ma sortie journalière - toujours de plus en plus brève, forcément. Toujours en quête de pain, de cigarettes ou de l'ingrédient qui vient toujours à manquer et tout ceci, ce simulacre entre pointillés de vie sociale, vise, bien sûr, à peupler le paysage quotidien de notre cuisine en légendes urbaines et culinaires - oui mais alors, comment se fait-il que je ne réussisse plus à reconnecter ma mémoire -  on en arrive et tout le monde s'en rend parfaitement compte et c'est comme ça depuis trois semaines, oui, on en arrive à habiller lundi avec mardi, mais quand même...- oui, comment se fait-il que je ne réussisse plus à reconnecter ma mémoire aux lambeaux de souvenirs qui me rattachent à ce vieux ?

" Le cerveau, ça soigne " lance une auditrice de FranceInfo. Elle a quatre-vingt-huit ans, vit à Marseille, se félicite, dans un flot désordonné de phrases et d'idées, qu'au moins avec le confinement, le traffic de drogue soit provisoirement à l'arrêt, se demande comment font les aveugles pour rédiger leurs attestations si plus personne - famille, amis, - ne vient les voir. La dame, dont la voix assez insupportable me rassure parce que certaines intonations me renvoient vers les tics, mais oui à peu près semblables, de cette arrière-tante qui saupoudrait nos tartines de sucre d'une bonne rasade de vin rouge, la dame finit sur une question : " si mon chien a les symptomes du machin chinois, est-ce que peut aider que je le javellise ? " 

14 h. Même pas envie de lire. Encore moins de faire la sieste. Ce sera donc la saison 2 de " La Servante écarlate" où et quand je promets à mon amoureuse, déjà, de ne plus commenter chaque séquence, puisque pas d'égards pour la pipelette et surtout pas de chatouilles et puis d'arrêter de me gratter les fesses pour un oui pour un non.

17 h moins deux rondelles de saucisson. Je fume près de la fenêtre en voulant passer inaperçu mais c'est sans compter sur ma cigarette.  Tu vas voir, me dit-elle, alors qu'elle me prend la main dans le... sac, oui tu vas voir qu'à la fin de toute cette expérience, les gens auront contracté de nouvelles habitudes sociales. Dans la rue, je te parie que beaucoup feront comme toi. On verra peut-être des filles et des garçons crachant partout, se promenant toujours main dans la main et désormais le doigt dans le nez ou ailleurs, sans que ça ne choque personne..."

 

 

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